Le NUS britannique menace de sanctions les élus étudiants signataires d'une lettre ouverte sur Gaza
DATE
LIEU
PERSONNE/INSTITUTION VISÉE
Les élus étudiants salariés signataires de la lettre ouverte, et le collectif « Not My NUS »
DOMAINE
RESPONSABLE DE L'INTERDICTION
La direction de la National Union of Students : Amira Campbell, présidente ; Kat Stark, directrice générale.
Le 11 juillet 2025, une lettre ouverte est adressée au conseil d'administration de la National Union of Students (NUS), organisation qui affirme représenter plus de 4,5 millions d'étudiants au Royaume-Uni. Elle reproche au syndicat son silence sur Gaza, son inaction face à la répression des mobilisations étudiantes et sa posture de « neutralité ». Elle formule huit demandes : reconnaître un « génocide plausible » à Gaza ; appeler à un cessez-le-feu immédiat et permanent ; condamner l'apartheid et l'occupation israéliens au regard du droit international ; abroger l'adoption de la définition IHRA de l'antisémitisme ; mener une campagne nationale de désinvestissement éthique ; défendre le droit de manifester, y compris contre le sionisme ; enquêter sur l'islamophobie et le racisme anti-Noirs au sein des structures du NUS ; et rendre publics les liens institutionnels avec des régimes complices.
Le nombre de signataires a dépassé les 100 élus étudiants et 120 groupes étudiants. La lettre est soutenue par dix organisations juridiques, universitaires et de défense des droits, dont l'European Legal Support Centre, CAGE UK, la BRISMES et le Lemkin Institute for Genocide Prevention.
Les 16 et 18 juillet 2025, la présidente du NUS Amira Campbell et sa directrice générale Kat Stark écrivent aux directions générales des syndicats étudiants locaux pour qu'elles obtiennent des élus salariés (sabbatical officers) le retrait de leur signature et la fin de leur soutien au compte Instagram « Not My NUS ». À défaut, ces élus seraient en infraction avec le code de conduite du NUS et exclus de la conférence nationale « Lead and Change », prévue fin juillet à Birmingham. Un délai de sept jours leur est imposé.
Antonia Listrat, présidente du Guild of Students de l'université de Birmingham, dénonce une attaque sans précédent contre le mouvement étudiant et déclare craindre pour son emploi et son logement, tout en refusant de retirer sa signature. Certains élus retirent la leur. Le NUS annule finalement sa conférence Lead and Change après une occupation du lieu à Birmingham.
Le 23 juillet, « Not My NUS » adresse au NUS une réponse de douze pages rejetant les accusations. Elle relève que la direction ignore les signataires juifs et les organisations juives, affirme que les critiques visaient des organisations sionistes et non l'identité ou les communautés juives, et rejette ce qu'elle qualifie de confusion délibérée entre judéité et sionisme inscrite dans la définition IHRA, dont le rédacteur principal, Ken Stern, a lui-même décrit l'usage comme un instrument grossier servant à qualifier quiconque d'antisémite.
Le 30 septembre 2025, le Conseil de la BRISMES; cosignataire de la lettre du 11 juillet publie une déclaration. Il estime que, plutôt que de répondre au fond, la direction du NUS a engagé une campagne d'intimidation contre les élus signataires, par la voie d'une pression exercée sur les directions générales des syndicats locaux, visant à réprimer des expressions politiques légitimes, y compris antisionistes, protégées par le droit britannique.