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L'Open University renonce à « Palestine antique » après la plainte d'un groupe de pression, puis fait marche arrière

censure culturelle et artistique, pression / sanction disciplinaireProcédure judiciaire: non

DATE

30 novembre 2025

LIEU

Londres (Royaume-Uni)

PERSONNE/INSTITUTION VISÉE

Le personnel enseignant de la faculté des arts et sciences sociales

DOMAINE

Université, association, syndicat étudiant, Recherche, Etudes supérieures

RESPONSABLE DE L'INTERDICTION

The Open University, professeure Adrienne Scullion (directrice exécutive de la faculté des arts et sciences sociales, et direction générale de l'université) et UK Lawyers for Israel (Caroline Turner)

Le 30 novembre 2025, le groupe juridique pro-israélien UK Lawyers for Israel (UKLFI) écrit au vice-chancelier de l'Open University pour contester l'emploi du terme « ancient Palestine » (Palestine antique) dans le module d'introduction A111 : Discovering the Arts and Humanities. Les supports y décrivent la Vierge Marie comme née en Palestine antique, présentent l'araméen comme une langue qui y était largement parlée, et comportent une carte intitulée « Map of ancient Palestine ».

UKLFI soutient que le terme est historiquement inexact, la province romaine n'ayant été rebaptisée Syria Palaestina qu'aux alentours de 135 de notre ère, après la révolte de Bar Kokhba, soit plus d'un siècle après l'époque de Marie. Le groupe affirme en outre que ce terme pourrait créer un « environnement d'apprentissage hostile ou offensant » pour les étudiants juifs et israéliens, et engager la responsabilité de l'université au titre de l'Equality Act 2010. La plainte a été initiée par un étudiant juif de l'OU, Tommy Marchand. Caroline Turner, directrice d'UKLFI, déclare au Telegraph que l'exactitude historique importe particulièrement là où la terminologie sert à effacer l'histoire et l'identité juives.

Le 18 décembre 2025, la professeure Adrienne Scullion, doyenne exécutive de la faculté des arts et sciences sociales, répond au nom de l'université. Elle indique que le terme provient de la littérature scientifique existante et ne constitue pas une prise de position politique, mais s'engage à ce que l'université « n'utilise plus ce terme dans les futurs supports pédagogiques », les documents existants devant être contextualisés et assortis de réserves. Elle admet que le terme est devenu problématique d'une manière qu'il n'était peut-être pas lors de la rédaction des supports en 2018. UKLFI publie l'échange et revendique une victoire ; une demande d'accès aux documents administratifs confirme que les engagements affichés sur le site d'UKLFI correspondent bien à ceux pris par l'université. Le 9 janvier 2026, l'OU diffuse une note interne à de nombreux personnels indiquant qu'elle a accepté de modifier les références à « Ancient Palestine », avec un lien vers le communiqué d'UKLFI.

La réaction est vive. Une lettre ouverte réclamant une « rétractation publique urgente » recueille plus de 600 signatures, parmi lesquelles les historiens israéliens Ilan Pappé et Avi Shlaim, les historiens palestiniens Rashid Khalidi et Nur Masalha, ainsi que le directeur du Committee for Academic Freedom, Edward Skidelsky ; elle est soutenue par la section UCU de l'université. Les signataires estiment que proscrire un terme scientifiquement reconnu sous l'effet d'une pression extérieure relève de la censure pure et simple, risque d'être incompatible avec les obligations de l'université au titre du Higher Education (Freedom of Speech) Act 2023, expose le personnel au harcèlement et crée un précédent pour de nouvelles attaques contre la liberté académique. Ils dénoncent également le silence public prolongé de l'université, qui aurait laissé circuler des informations erronées sur l'affaire.

Le Comité pour la liberté académique de la BRISMES écrit de son côté à la direction. Il relève la contradiction interne de la position universitaire :  le terme y est qualifié à la fois d'« académiquement approprié » et de « désormais problématique » , et s'interroge sur la raison pour laquelle le « contexte politique contemporain » devrait peser sur une terminologie académiquement appropriée. Il fait valoir que supprimer la nomenclature historique de la Palestine, à un moment de déplacements massifs et de destruction du patrimoine culturel, revient à participer, fût-ce involontairement, à l'effacement de la présence historique palestinienne. Il s'inquiète aussi de ce que les équipes pédagogiques aient pu subir une pression indue de la hiérarchie pour assortir les supports existants de réserves, en rappelant la doctrine de l'Office for Students selon laquelle le personnel enseignant ne doit être ni contraint ni pressé, dans son enseignement, d'adopter ou de rejeter des jugements de valeur particuliers. La BRISMES demande à l'OU de confirmer publiquement que son personnel reste libre d'employer la terminologie qu'il juge académiquement appropriée, de préciser que les mises en garde relèvent de la discrétion des universitaires compétents, et de revoir les procédures ayant conduit à cette réponse. La note interne de l'université du 17 février 2026 maintient qu'il n'existe « aucune preuve d'une restriction de la liberté académique ».

Début mars 2026, Novara Media rapporte que l'OU semble revenir sur sa position : un porte-parole déclare que les universitaires sont libres d'employer le terme lorsqu'il est scientifiquement pertinent, et qu'aucune note contextuelle n'est requise sauf s'ils l'estiment appropriée. L'université affirme que son engagement auprès d'UKLFI ne portait que sur une seule unité d'enseignement, par ailleurs vouée au remplacement. Un membre du personnel, cité anonymement, dénonce une contradiction manifeste avec la lettre du 18 décembre, dont cette nouvelle version ne constituerait pas une lecture raisonnable.

Contexte : Marchella Ward, enseignante en études classiques à l'OU, indique employer fréquemment « ancient Palestine » dans ses propres travaux et entendre continuer à le faire, qualifiant de mensongères les affirmations sur l'illégitimité du terme, qu'elle rattache à une entreprise d'effacement des Palestiniens. L'Index of Repression, établi par l'European Legal Support Centre avec Forensic Architecture, décrit UKLFI comme un acteur « initiateur » ou « aggravant » des actions contre les expressions de solidarité avec la Palestine.

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