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L'Université de Berne retire ses locaux à un débat d'Amnesty International sur Gaza

Annulation d’événement / conférence, Campagne de diffamation / délégitimationProcédure judiciaire: non

DATE

27 juin 2025

LIEU

Berne (Suisse)

PERSONNE/INSTITUTION VISÉE

Francesca Albanese et Agnès Callamard

DOMAINE

Association, syndicat, ONG, Université, Recherche

RESPONSABLE DE L'INTERDICTION

Direction de l'Université de Berne (rectrice Virginia Richter et direction de l'établissement), campagne médiatique (NZZ, Jüdische Allgemeine) et les publications de l'ONG UN Watch.

Une table ronde sur les droits humains à Gaza et dans les territoires palestiniens occupés, organisée par Amnesty International et prévue le 30 juin 2025 à l'Université de Berne, a été annulée après le retrait par l'établissement de l'autorisation d'utiliser ses locaux. Les deux intervenantes étaient Agnès Callamard, secrétaire générale d'Amnesty International et ancienne rapporteuse spéciale de l'ONU sur les exécutions extrajudiciaires, et Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l'ONU sur la situation des droits humains dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967. L'événement affichait complet.

L'université a annoncé ce retrait le vendredi 27 juin, confirmant une information d'abord publiée par la Neue Zürcher Zeitung. Elle a expliqué que son accord initial était subordonné à un débat respectueux, équilibré et fondé scientifiquement, et qu'un contrôle a posteriori avait conclu que ces conditions n'étaient pas remplies, l'équilibre ne pouvant selon elle être garanti. Amnesty a rejeté cette justification. Son porte-parole Beat Gerber a rappelé qu'Albanese est une experte indépendante qui s'exprime sans détour sur les territoires occupés, estimant que l'établissement avait reculé sous la pression publique et qu'aucune discussion ouverte sur les violations israéliennes du droit international ne semblait aujourd'hui possible dans cette université. La rencontre a été déplacée en urgence dans un autre lieu bernois, où Albanese s'est adressée le lundi soir à environ quatre cents personnes.

Avant sa venue, Albanese, qui a reçu de nombreuses menaces de mort, a fait l'objet d'une couverture hostile dans la presse suisse, notamment la Neue Zürcher Zeitung et la Jüdische Allgemeine. L'ONG UN Watch, qui avait publié quelques jours plus tôt un texte à charge contre elle, a revendiqué publiquement ce résultat : son directeur exécutif Hillel Neuer a félicité l'université d'avoir refusé une tribune à ce qu'il qualifie de soutien au terrorisme, invoquant notamment une intervention vidéo d'Albanese en 2022 lors d'une conférence liée au Hamas.

Les critiques ont été immédiates. Amnesty International Suisse a fait valoir qu'en tant qu'établissement de droit public placé sous surveillance cantonale, l'université est tenue de respecter la liberté d'expression, y compris lorsqu'elle loue ses salles à des tiers. Sa juriste Anita Goh a estimé que ce retrait portait atteinte non seulement au droit de parole des deux expertes, mais aussi au droit de la communauté universitaire bernoise d'entendre et de discuter leurs analyses, et a averti qu'écarter une titulaire de mandat du Conseil des droits de l'homme et la dirigeante de la plus grande organisation de défense des droits humains crée un précédent inquiétant pour le pluralisme dans les universités. 

Le 21 juillet, les comités pour la liberté académique de BRISMES et de l'association italienne SeSaMO ont écrit à la rectrice Virginia Richter et à la direction pour réclamer des excuses publiques, une nouvelle date pour l'événement, une transparence complète sur les auteurs et les motifs de la décision, la publication des critères d'accueil des événements publics, la protection du personnel et des étudiants face aux pressions politiques, et la fin de l'instrumentalisation de la définition de travail de l'antisémitisme de l'IHRA.

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