L'Université de Bologne sanctionne un chercheur pour avoir porté un keffieh et critiqué Israël en ligne
DATE
LIEU
PERSONNE/INSTITUTION VISÉE
Chercheur RTT du DIMEVET
DOMAINE
RESPONSABLE DE L'INTERDICTION
Commission disciplinaire et recteur de l'Université de Bologne, après signalement d'étudiants israéliens du DIMEVET
Un chercheur en tenure track (RTT) du Département des sciences médicales vétérinaires (DIMEVET) de l'Université de Bologne, à Ozzano dell'Emilia, a reçu un blâme écrit à la suite d'un signalement d'étudiants israéliens de son département. Selon le syndicat USB et l'European Legal Support Center (ELSC), qui assurent sa défense, il a été visé pour avoir porté un keffieh pendant ses cours, pour avoir participé à la grève du zèle du 4 novembre 2025 et pour des publications sur les réseaux sociaux dénonçant ce qu'il qualifie de génocide en cours en Palestine. La sanction bloque temporairement sa carrière, à l'étape qui précède immédiatement la titularisation comme professeur associé.
Le signalement émanait d'un groupe d'étudiants israéliens inscrits au DIMEVET, où ils sont près d'une trentaine, que l'USB et l'ELSC présentent comme comptant des soldats en service et des réservistes de l'armée israélienne. Le courriel à l'origine de la procédure aurait été envoyé par une étudiante membre de l'armée. Selon les défenseurs du chercheur, le groupe a d'abord fait circuler des accusations à son sujet parmi les enseignants du département, avant de le signaler à l'administration et au recteur, l'accusant d'alimenter la haine contre Israël et affirmant faussement qu'il invitait les étudiants à le suivre en ligne, afin de justifier la surveillance de ses comptes. Ils soulignent que ces accusations sont démenties par plusieurs documents, dont les questionnaires anonymes de fin de cours, dans lesquels aucun étudiant n'a signalé de comportement inapproprié. Le groupe a également demandé au département d'interdire le port du keffieh dans les locaux de l'université.
L'université a ouvert une procédure disciplinaire pour violation de son code éthique, portant sur une publication critique d'Israël parue sur la page Facebook personnelle du chercheur, au motif que son profil mentionnait son affiliation à l'université. La procédure s'est conclue par un blâme écrit. L'USB affirme que la commission disciplinaire et le recteur ont ignoré les éléments présentés pour sa défense, et que le chercheur n'a été invité à s'entretenir en personne avec les responsables du dossier qu'une fois la décision prise. Ses défenseurs reprochent aussi à l'université de n'avoir pris aucune mesure face à ce qu'ils considèrent comme de la diffamation, et de ne lui avoir offert aucune protection contre de nouvelles attaques.
L'USB et l'ELSC ont contesté la sanction devant le Tribunal administratif régional (TAR), où une première audience s'est tenue. Ils mettent en garde contre un précédent dangereux pour la liberté académique. Ils ont également demandé à l'université de se prononcer sur la présence de soldats israéliens parmi ses étudiants, et sur des informations selon lesquelles certains auraient pu passer des examens hors sessions à leur retour de service militaire, une possibilité qui serait refusée aux étudiants en situation de handicap ou en difficulté économique. L'Université de Bologne s'est engagée à ne pas signer de nouveaux accords avec des universités israéliennes, mais ses détracteurs relèvent que les accords existants n'ont pas été résiliés, seulement laissés à expiration.