L'Université de Pavie refuse un amphithéâtre à un événement public sur la Palestine
DATE
LIEU
PERSONNE/INSTITUTION VISÉE
Coordination pour le droit aux études (UdU), Réseau antifasciste, Arci ; Khader Tamimi (président de la Communauté palestinienne de Lombardie)
DOMAINE
RESPONSABLE DE L'INTERDICTION
Direction de l'Université de Pavie
Un événement public intitulé « Palestine. Histoire d'un peuple et de sa résistance », prévu le jeudi 16 mai 2024 à l'Université de Pavie, s'est vu refuser une salle après que l'université a interdit aux organisateurs l'usage de son amphithéâtre, l'Aula del '400. La salle avait été demandée en avril par la Coordination pour le droit aux études (UdU), principale organisation étudiante élue de l'université, avec le Réseau antifasciste et l'Arci. L'intervenant principal devait être Khader Tamimi, président de la Communauté palestinienne de Lombardie. L'événement s'inscrivait dans une série d'initiatives sur la Palestine organisées à Pavie depuis plus d'un mois, dont la présentation d'un livre de recettes palestiniennes et la projection d'un film en présence de son réalisateur.
Selon Silvia Garzena, avocate au sein du Réseau antifasciste, l'université a d'abord tardé à répondre, puis demandé des précisions, qui lui ont été fournies, avant de refuser l'autorisation le 7 mai, quelques jours seulement avant l'événement. Elle a invoqué deux motifs : un manque de pluralisme et l'absence de compétence scientifique des intervenants. L'université s'est aussi appuyée sur son règlement, selon lequel ses espaces ne peuvent accueillir d'événements religieux ni d'événements organisés par des partis ou mouvements politiques.
Les organisateurs ont rejeté ces deux motifs, les jugeant censurants et illégitimes. Ils ont fait valoir que le pluralisme était garanti par la liberté du public de participer au débat, et que la question de la légitimité scientifique était sans objet, les initiatives étudiantes ne relevant pas de l'offre de formation de l'université. Ils ont ajouté que les salles appartiennent à l'ensemble de la communauté universitaire, étudiants compris, et que le règlement interdit les manifestations, non les conférences, qui sont des occasions de débat et d'analyse. Selon eux, le témoignage direct de personnes ayant vécu sous une occupation condamnée à de nombreuses reprises par l'ONU est de la plus haute valeur.
Ce refus a donné lieu à un « Appel pour la liberté de critiquer Israël à l'Université de Pavie », qui s'inquiète de la répression de la critique des politiques et opérations militaires du gouvernement israélien dans de nombreux pays occidentaux, souvent menée par les autorités universitaires elles-mêmes, et demande si Pavie souhaite s'inscrire dans cette tendance. En référence à la vague de mobilisations étudiantes apparue sur les campus américains en avril 2024, l'appel refuse d'assimiler ces mobilisations à une apologie du terrorisme ou à de l'antisémitisme, et invite l'université à accueillir tout mouvement similaire à Pavie avec écoute et respect. Le débat a été déplacé en plein air et s'est tenu le soir du 16 mai, piazza Da Vinci.