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L'Université Roma Tre retire sa salle et son logo à un débat avec Ilan Pappé

Retrait de salle Procédure judiciaire: non

DATE

16 février 2015

LIEU

Rome (Italie)

PERSONNE/INSTITUTION VISÉE

Ilan Pappé et les organisateurs de l'événement

DOMAINE

Recherche, Etudes supérieures

RESPONSABLE DE L'INTERDICTION

Université Roma Tre (recteur Mario Panizza) ; pressions de l'ambassade d'Israël

Un débat avec l'historien israélien Ilan Pappé, inscrit dans un événement de trois jours « Europe et Moyen-Orient. Au-delà des identitarismes » et prévu le lundi 16 février 2015 à l'Université Roma Tre, s'est vu retirer sa salle quelques jours seulement avant sa tenue. L'université a refusé aux organisateurs l'usage de son Centre d'études italo-françaises, a retiré son logo de l'événement et en a supprimé l'annonce de son site internet. Pappé, qui enseigne à l'Université d'Exeter au Royaume-Uni, est connu pour ses travaux documentant l'expulsion d'environ 800 000 Palestiniens et la destruction de plus de 500 villages en 1948.

L'université a d'abord invoqué des « erreurs de procédure ». Le recteur Mario Panizza a minimisé l'affaire, et le service de presse a soutenu que l'université n'avait pas refusé d'accueillir l'événement, puisqu'une salle de remplacement avait été proposée. Les organisateurs l'ont refusée, la décrivant comme un espace inadapté et mal équipé, réservé aux spectacles de danse, et ont estimé que le retrait du logo et la suppression de l'annonce revenaient à délégitimer le débat. Le site pro-israélien Informazione Corretta a présenté l'issue comme une victoire, remerciant des « amis à Rome » et évoquant des objections liées à la proximité du lieu avec le quartier juif de la ville.

Pappé a accusé l'université d'avoir cédé à l'intimidation et a opposé son attitude à la défense de la liberté d'expression en Europe après les attentats contre Charlie Hebdo : caricaturer le prophète Mahomet relevait de la liberté d'expression, a-t-il déclaré, tandis qu'une discussion académique ouverte sur les souffrances des Palestiniens était traitée comme une incitation à la haine. Il a ajouté que des prétextes techniques sont généralement avancés, faute de pouvoir admettre ouvertement le refus d'un débat sur la Palestine. La rencontre s'est tenue le 16 février dans la Sala Accademia du Centro Congressi Frentani à Rome, devant une salle comble, avec une salle annexe elle aussi pleine. L'anthropologue Ruba Salih (SOAS) figurait parmi les intervenants.

Les organisateurs ont lancé une lettre ouverte, « A Call for Academic Freedom », signée par Pappé, reprochant à l'université de manquer à son devoir de favoriser le débat et la pensée critique, et dénonçant un « deux poids, deux mesures » dans l'application de la liberté d'expression dès lors qu'il est question d'Israël et de la Palestine. La lettre appelait les communautés académiques du monde entier à s'opposer à l'usage sélectif des principes de liberté d'expression et de liberté académique, et a rapidement recueilli plus d'une centaine de signatures d'universitaires de plusieurs pays.

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