Pressions politiques pour retirer au chercheur Harry Pettit sa bourse de recherche européenne
DATE
LIEU
PERSONNE/INSTITUTION VISÉE
Harry Pettit, chercheur en sciences sociales
DOMAINE
RESPONSABLE DE L'INTERDICTION
Eurodéputés néerlandais des partis VVD, BBB et SGP ; Commission européenne ; ERC ; VUB Bruxelles.
En juillet 2025, Harry Pettit s'est vu attribuer une Starting Grant du Conseil européen de la recherche (ERC) pour un projet portant sur la monnaie comme infrastructure et sur la lutte autour des moyens de circulation monétaire dans un monde de moins en moins fondé sur les espèces. La bourse s'élève à 1,5 million d'euros et devait démarrer en août 2026.
Depuis, le chercheur fait l'objet d'une campagne visant à discréditer sa crédibilité professionnelle et à entraver son travail. Les reproches portent sur ses positions antisionistes et ses commentaires sur le Proche-Orient, exprimés sur un compte X personnel. Pettit enseignait auparavant à l'université Radboud de Nimègue. Ses publications sur Israël et la guerre à Gaza, qualifiées de radicales par la presse néerlandaise, et incluant des propos élogieux envers le défunt Guide suprême iranien, ont conduit l'Université libre de Bruxelles (VUB) à revenir sur le poste qu'il devait y occuper, le laissant sans institution d'accueil. Une bourse ERC étant attachée à la personne et non à l'employeur, il pourrait en principe l'emporter ailleurs.
En mars 2026, des eurodéputés néerlandais des partis de droite VVD, BBB et SGP ont publiquement exigé que l'ERC retire la bourse, comme l'a rapporté De Telegraaf. La Commission européenne a confirmé examiner les accusations et leurs conséquences possibles sur le financement, une porte-parole rappelant qu'une bourse peut être retirée pour « faute professionnelle » et qu'il s'agissait de déterminer si ce seuil était atteint. L'ERC a indiqué que la convention de subvention n'avait pas encore été signée, vraisemblablement faute d'établissement d'accueil.
Le comité pour la liberté académique de BRISMES a écrit à la présidente de l'ERC Maria Leptin, au vice-président Torsten Persson et aux responsables de l'agence exécutive pour s'y opposer. La lettre souligne que les propos en cause n'ont jamais fait l'objet d'une procédure disciplinaire, n'ont jamais été jugés contraires au règlement d'une université, ni déclarés illégaux. Elle invoque l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'homme et la jurisprudence constante de Strasbourg selon laquelle la protection s'étend aux idées qui choquent ou dérangent, ainsi que l'article 13 de la Charte des droits fondamentaux de l'UE, qui garantit explicitement la liberté académique. Ils avertissent également qu'un organisme de financement cédant à des pressions politiques banaliserait l'ingérence extérieure dans l'évaluation scientifique, affaiblirait l'indépendance institutionnelle et découragerait les chercheurs de participer au débat public sur des sujets sensibles. La lettre demande à l'ERC de défendre l'intégrité du processus d'évaluation ayant abouti à l'attribution, d'affirmer qu'une parole politique légale ne peut fonder un retrait de bourse, et de confirmer que Pettit en restera titulaire.