Queen Mary University of London : effacement systématique des expressions de solidarité avec la Palestine sur le campus
DATE
LIEU
PERSONNE/INSTITUTION VISÉE
La section locale du syndicat UCU (Queen Mary UCU) ; les enseignants-chercheurs et personnels affichant du matériel de solidarité avec la Palestine sur leurs portes de bureau
DOMAINE
RESPONSABLE DE L'INTERDICTION
La direction de Queen Mary University of London
Queen Mary University of London (QMUL) fait l'objet, depuis février 2024, de plaintes répétées pour suppression d'expressions de solidarité avec la Palestine sur son campus. Deux épisodes structurent le dossier.
Février 2024: l'effraction dans le local syndical. Le 19 février, la direction de l'université demande à la section locale du syndicat UCU (University and College Union) l'accès à son bureau, situé derrière le Queens Building, afin d'en retirer des affiches produites par l'UCU et la Palestine Solidarity Campaign, appelant à un cessez-le-feu à Gaza. Le syndicat accepte l'accès mais refuse le retrait du matériel syndical. Le lendemain, 20 février, alors que les modalités d'accès sont encore en discussion, des agents de sécurité forcent l'entrée du local, confisquent les affiches et endommagent les lieux. La direction avait justifié sa demande en affirmant que les affiches produisaient un « effet dissuasif sur la liberté d'expression » sur le campus.
L'université répond qu'elle soutient la liberté d'expression dans les limites de la loi, invoque sa responsabilité quant au sentiment de sécurité de sa communauté, et cible spécifiquement le slogan « From the river to the sea, Palestine will be free », qu'une partie de sa communauté juge antisémite et menaçant ; elle ajoute qu'un affichage permanent sur ses locaux pourrait être perçu comme une position institutionnelle. Elle conteste par ailleurs la durée d'affichage avancée par le syndicat, affirmant n'avoir découvert les affiches que le lundi et les avoir retirées le mardi; là où l'UCU parle de plus de deux semaines. L'UCU saisit son échelon national et qualifie l'action d'illégale au regard de la Convention européenne des droits de l'homme, de l'Education Act No. 2 (1998) et de la réglementation de l'Office for Students.
Fin 2025-début 2026: l'interdiction généralisée. Plusieurs Schools de l'université adoptent une politique interdisant l'affichage de tout matériel exprimant une solidarité avec la Palestine sur les portes et fenêtres des bureaux universitaires. Selon la section UCU, cette politique fait suite à une pression directe du Principal, fondée sur des allégations non étayées d'antisémitisme, et s'accompagne de retraits fréquents ainsi que de menaces implicites et explicites de sanctions disciplinaires. Le matériel visé comprend des affiches et autocollants produits par le syndicat lui-même. La branche adopte une motion en assemblée le 16 décembre 2025, s'engageant à soutenir un recours collectif et une plainte auprès de l'Office for Students, et à défendre par l'action syndicale, si nécessaire, tout personnel menacé de sanction.
Le 7 janvier 2026, le Comité pour la liberté académique de la BRISMES écrit au Principal Colin Bailey et aux directeurs de deux Schools. Il relève quatre problèmes : l'assimilation, dans les communications internes de la direction, des catégories « pro-palestinien », « anti-israélien » et « par endroits antisémite » ; l'application sélective de la « neutralité institutionnelle », le matériel pro-palestinien ayant été retiré de façon exhaustive y compris lorsqu'il était lié à la recherche ou à l'enseignement, tandis que d'autres contenus politiques restaient en place, ce qui pourrait constituer une discrimination fondée sur le point de vue ; le caractère non démontré de l'« effet dissuasif » attribué aux affiches, alors que les instructions de retrait en produisent un, bien réel ; et le principe selon lequel le malaise suscité par un discours licite n'est pas un motif de restriction.