Une conférence de Francesca Albanese et Eyal Weizman annulée par l'Université libre de Berlin
DATE
LIEU
PERSONNE/INSTITUTION VISÉE
Francesca Albanese et Eyal Weizman
DOMAINE
RESPONSABLE DE L'INTERDICTION
La présidence de la FU Berlin (Günter M. Ziegler), Kai Wegner (maire de Berlin, CDU), Ina Czyborra (sénatrice chargée de la recherche), Ron Prosor (ambassadeur d'Israël) et la Société germano-israélienne (DIG).
Une conférence publique prévue le 19 février 2025 à l'Université libre de Berlin (FU Berlin) a été décommandée par la direction de l'établissement. La rencontre devait réunir Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l'ONU pour les territoires palestiniens occupés, et Eyal Weizman, fondateur britannico-israélien de Forensic Architecture, autour d'une lecture juridique et médico-légale de la situation à Gaza.
Le président de l'université, Günter M. Ziegler, a motivé sa décision par le climat de vive division entourant les deux invités et par des conditions de sécurité qu'il jugeait impossibles à anticiper. Il a également avancé que des groupes militants avaient relayé l'événement au point de passer pour des coorganisateurs, faisant craindre un affrontement dans la salle. La FU a proposé, comme solution de repli, une tenue à huis clos avec diffusion en ligne.
L'annulation est intervenue après plusieurs interventions publiques. L'ambassadeur d'Israël en Allemagne, Ron Prosor, a écrit directement à Ziegler pour lui demander de renoncer à l'événement, qu'il présentait comme préjudiciable à l'université et à Berlin. Le maire de Berlin, Kai Wegner (CDU), a réclamé publiquement une annulation immédiate en citant en exemple l'université de Munich, qui avait déjà supprimé quelques jours plus tôt une autre conférence d'Albanese, également au nom de la sécurité. La sénatrice berlinoise chargée de la recherche, Ina Czyborra, a mis en doute la possibilité d'assurer la sécurité des étudiants juifs, tandis que la Société germano-israélienne accusait la FU de laisser prospérer l'antisémitisme. Les détracteurs d'Albanese, dont l'Anti-Defamation League, lui reprochent d'anciens parallèles entre la conduite militaire israélienne et la période nazie, ainsi que son refus d'attribuer une motivation antisémite à l'attaque du 7 octobre.
Weizman a rejeté le format à huis clos et annoncé que tous deux se rendraient malgré tout sur le campus pour s'adresser à qui viendrait, à l'intérieur comme à l'extérieur. Albanese a qualifié l'épisode de censure, soulignant qu'aucun autre pays ne l'avait empêchée de s'exprimer en tant qu'experte indépendante de l'ONU. Un autre événement berlinois réunissant les deux intervenants, organisé par Mera25, a dû changer de lieu au dernier moment, les organisateurs faisant état de fortes pressions politiques et policières ; il s'est finalement tenu sous étroite surveillance policière. Albanese s'est également exprimée le 18 février dans les locaux du journal Junge Welt, où des policiers sont entrés contre la volonté de la rédaction, puis a donné le 19 une conférence retransmise aux étudiants.
Le 21 février, le comité pour la liberté académique de la British Society for Middle Eastern Studies a écrit à Wegner, Czyborra et Ziegler pour exiger des excuses publiques, un engagement réaffirmé en faveur de la liberté académique, une résistance aux pressions politiques et l'abandon de la définition de travail de l'antisémitisme de l'IHRA. L'affaire s'inscrit peu après l'adoption par le Bundestag d'une résolution sur l'antisémitisme dans les universités et les écoles, elle-même critiquée par des organisations juives et non juives comme un instrument de réduction au silence.